Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire - Armistice

11 novembre 2018

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En ce dimanche où nous célébrons la mort et la résurrection du Christ, nous commémorons un centenaire. La fin des combats de la première guerre mondiale. Des combats qui ont fait près de 10 millions de morts. Une guerre qui a ruiné la France et les pays d’Europe.

Dans l’une de ses lettres de guerre, le Père François Moreau, moine de l’abbaye saint Martin de Ligugé qui était sous les drapeaux, écrit le 9 novembre 1918 : « un mot ce soir : il partira demain, veille de Saint Martin. Est-ce que notre grand Saint Martin qui a déjà tant fait pour la France ne va pas, cette année, pour sa fête, nous apporter la paix, consécration de notre victoire ? Et quelle joie plus grande encore si cette paix extérieure nous apportait aussi la paix intérieure qu’avant la guerre nous connaissions si peu ! En tout cas, voilà presque l’après-guerre qui commence. »

L’arrêt des combats. Ce n’est pas encore la paix.
Si la guerre a été gagnée il faudrait maintenant gagner la paix.

Ce qui est vrai en 1918 l’est toujours en 2018 : nous sommes réunis ici pour un temps de prière pour la Paix, car ensemble nous voulons vivre cette fraternité et œuvrer pour la Paix. Entrons dans la prière par le signe de la Croix.

HOMÉLIE

Ce jour-là Jésus regardait de loin… « Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor et regardait comment la foule y mettait de l’argent. » Jésus regardait de loin.

Nous aussi on regarde de loin, cent ans après… nous posons un regard sur un événement, une période qui s’est déroulée il y a plus de cent ans…

Et Jésus regardait la foule… et dans cette foule il va remarquer une pauvre veuve.

Nous aussi on regarde une foule, 10 millions de victimes… et nous pouvons comme cela évoquer des chiffres, beaucoup de chiffres… mais bien plus que des chiffres il y avait des visages… avons-nous remarqué la pauvre veuve, c’est-à-dire des visages bien précis… j’ai sous les yeux le vitrail de Florent-en-Argonne, village à l’époque de 450 habitants… sur le vitrail 15 visages « Aux victimes de la Grande Guerre, la paroisse reconnaissante », 15 visages…. Mais le visage d’une femme : Catherine Fontaine… on oublie trop souvent les femmes dans la tragédie de cette grande guerre… Et puis le visage d’un enfant : Denis Tondeur… les enfants dans la Grande Guerre…

Jésus est frappé d’admiration pour cette femme. Elle donne ce qui lui reste. Jésus affirme à son sujet qu’elle a ‘tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre’. Son offrande matérielle, si petite, deux piécettes, a révélé la grandeur de son cœur. Son véritable trésor : la miséricorde de Dieu, la seule sur laquelle elle peut compter désormais. En jetant ses deux piécettes, elle s’est jetée dans les bras de Dieu. Lui abandonnant ainsi son avenir, elle rejoint l’attitude de Jésus. Pauvre et généreuse comme lui, elle est libre ; infiniment plus que les scribes qui, observant scrupuleusement la Loi, n’en n’ont pas compris l’esprit. Plus attachés aux honneurs qui leur sont dus qu’au service des plus petits, ils ont oublié le commandement de l’amour.

Beaucoup de ceux qui doivent rester dans nos mémoires ont tout donné.
Extrait de cette lettre qu’écrivait Gaston Biron à sa mère, le 25 mars 1916 :
« [...] Par quel miracle suis-je sorti de cet enfer, je me demande encore bien des fois s’il est vrai que je suis encore vivant ; pense donc, nous sommes montés mille deux cents et nous sommes redescendus trois cents ; pourquoi suis-je de ces trois cents qui ont eu la chance de s’en tirer, je n’en sais rien, pourtant j’aurais dû être tué cent fois, et à chaque minute, pendant ces huit longs jours, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Nous étions tous montés là-haut après avoir fait le sacrifice de notre vie, car nous ne pensions pas qu’il fût possible de se tirer d’une pareille fournaise. (- Ils donnaient tout, jusqu’à leur vie -) Oui, ma chère mère, nous avons beaucoup souffert et personne ne pourra jamais savoir par quelles transes et quelles souffrances horribles nous avons passé. A la souffrance morale de croire à chaque instant la mort nous surprendre viennent s’ajouter les souffrances physiques de longues nuits sans dormir : huit jours sans boire et presque sans manger, huit jours à vivre au milieu d’un charnier humain, couchant au milieu des cadavres, marchant sur nos camarades tombés la veille ; ah ! J’ai bien pensé à vous tous durant ces heures terribles, et ce fut ma plus grande souffrance que l’idée de ne jamais vous revoir. »

À la suite de Jésus, qui a su regarder et voir, c’est avec un très grand respect que nous nous souvenons de chacun de ces noms gravés et de tous ceux qui ont été acteurs de cette liberté retrouvée : de ce carnet-journal de guerre le 11 novembre 1918 : « Aujourd’hui tous mes remerciements vont à Dieu, pour m’avoir protégé pendant cette triste guerre, cette boucherie est enfin finie. Oh oui, merci mon Dieu ; maintenant j’ai l’espoir de revoir bientôt ma chère femme, mes chers petits-enfants. La joie éclate partout ! »

Jésus regardait la foule… et dans cette foule il voit un détail essentiel… donne nous Seigneur ce regard qui voit au-delà, plus loin, qui voit l’essentiel !

Florent-en-Argonne
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